31.1.12

SI JE REDEVIENS CROYANT…






…Or, un soir où j’observais le ciel étoilé, assis au coin de la maison, j’éprouvais une certitude intérieure forte:  « IL Y A QUELQUE CHOSE AU-DESSUS DE NOUS… ! » Oui, il m’apparut, ce soir-là, comme une évidence absolue que le monde ne s’était pas fait tout seul. Il y avait une énergie, une force au cœur de la matière, une intelligence organisatrice de cette nature à la fois admirablement belle et extraordinairement complexe. Ce « quelque chose au-dessus de nous » devint  très vite quelqu’un, celui que l’on nomme Dieu.
Oui, la naissance de la vie, la complexité de la matière, l’observation de la nature, m’avaient redonné le sens de Dieu. Et le « quelque chose » s’était bel et bien transformé en « quelqu’un ».
Mais pourquoi me tourner à nouveau vers le Dieu des chrétiens, Celui de mon enfance, alors qu’il existait bien d’autres religions ? Eh bien à cause de l’amour et à cause de Jésus-Christ !
Donc,  maintenant que j’avais retrouvé Dieu au contact de la nature, se posait la question des différentes religions. Mais sans beaucoup approfondir ces autres religions, il m’apparut très vite que le christianisme était vraiment magnifique, surtout ce message d’amour. Quand à son fondateur, le Christ, il était vraiment sublime.  Mais était-il le Fils de Dieu comme le disaient les chrétiens ?   J’arrivai un soir à cette parole de Jésus, dans l’Évangile de Jean : Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie !  (Jean 14, 6)
Quoi ? Qui peut prétendre être la Vérité? Elle me semblait très orgueilleuse, très prétentieuse, cette parole de l’homme Jésus. Mais si elle était vraie ? Alors, dans ce cas, seul celui qui est la Vérité peut le dire… et prononcer cette parole. Aussi, pour la première fois  depuis que j’avais acheté cet Évangile, je parlai à Jésus et fis sans le savoir un acte de foi : « Je crois que Tu es la Vérité, Jésus, parce que tout ce que je viens de lire dans ces Évangiles me dit que TU ES LA VÉRITÉ ! » À cet instant Son Esprit fondit sur moi sans que je sache ce qui se passait. J’éclatai en sanglots et cela dura longtemps, longtemps… 
Je venais, sans le savoir, de vivre une « effusion de l’Esprit », mais le plus important était que j’étais redevenu croyant !

Père Thierry-François de Vregille, F.P.
In À l’école de Mère Teresa, éditions de Paris

29.1.12

CET ENFANT DIFFICILE QU'EST LE MONDE DES HUMAINS


Abbaye du Thoronet, Var, 12 ème s.
Le Christ, pierre angulaire de tout l'édifice monastique

"Un point de vue n'est jamais que la vue d'un point", disait souvent Don Bernardo Olivera, ancien abbé général de l'ordre cistercien. 
Je pense aussi, sans être systématique, que le mystère est mieux entretenu par l'absence plutôt que par la présence. C'est l'approche théologique dite "négative". Elle insiste sur ce que la divinité n'est pas, plutôt que sur ce qu'elle est. Dieu est infini, donc on ne peut le définir. La théorie négative vise l'expérience directe de l'Absolu par l'abolition de toute adhérence à des concepts.  L'éveil spirituel se situe au-delà des mots, il se traduira par l'immobilité et le silence. Cette approche peut sembler paradoxale puisque la Bible rapporte que  Moïse entend son interlocuteur se définir ainsi:
Je suis celui qui est. Exode 3, 14.
Dans la tradition juive, Dieu se révèle dans les événements vécus par son peuple, et, pour l'Église, il se révèle finalement en Jésus, vrai homme et vrai Dieu. C'est le mystère de l'Incarnation. Un mystère de relation.
 "Nous ne savons pas ton mystère, Amour infini, et tu tiens contre toi cet enfant difficile qu'est le monde des humains. Nous ne voyons pas ton visage, Amour infini, mais tu as des yeux car tu pleures dans l'opprimé et tu poses sur nous ce regard de lumière qui révèle ton pardon. Mais tu as un coeur, toi qui cherches le fils perdu...
...nous ne savons pas ton langage"     Hymne de la Commission française cistercienne                                                
Nous ne savons pas son langage, mais l'Invisible, paradoxalement, a un coeur, des yeux,  des mains... Mystère chrétien de l'Incarnation!
Les abbayes cisterciennes sont des réceptacles de la lumière. Dieu se dit à travers la musique, mais aussi à l'écran. Le cinéma devient sacrement pour l'homme moderne. Il est médiateur de grâce, un compromis entre la perfection et la banalité.

Henry Quinson, moine trappiste franco-américain, essayiste, conférencier,
in Secret des hommes, secret des dieux, éd. Presses de la Renaissance

26.1.12

OÙ DEMEURES-TU? Jean 1, 35-42




La demeure de Dieu, encore un thème qui hante la Bible. Comme si Dieu cherchait un lieu pour prendre pied parmi les hommes. En fin de compte, c’est à Jérusalem, dans le Temple, que Dieu trouvera son "repos". Dans le Temple, le "Saint des Saints", abri de l’Arche d’Alliance où sont cachées les tables de la Loi. […] Plus tard, le peuple sera déporté et le temple détruit. Dès lors on comprendra mieux, ce que l’on savait déjà confusément, que Dieu est partout. Dieu est là où je me trouve si toutefois je l’accueille. Comment l’accueillir? En accueillant les autres: Là où se trouvent deux ou trois réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux, dit Jésus en Matthieu 18,20. Cette "réunion" fraternelle n’est pas forcément physique: l’amour peut se vivre dans l’absence.  Quand Jésus demande aux disciples: "Que cherchez-vous?", ils répondent : "Où demeures-tu ?" Ce premier dialogue de la première rencontre (chez Jean), relance symboliquement l’ancienne question. On va passer de l’Ancienne Alliance (les disciples du Baptiste en sont encore là) à la Nouvelle. "Venez voir", leur dit Jésus. Notons l’abondance du verbe "voir" dans ce récit: on passe de l’audition à la vue, et l’on entre dans la demeure de Dieu. Bientôt, il faudra en sortir et plus tard, aller par le monde pour annoncer un Christ redevenu invisible. Le nouveau temple échappe au regard et ne se localise plus. Il est fondé sur une « Pierre » vivante.

Marcel Domergue, jésuite
in Cahiers Croire, croire.com, en ligne

25.1.12

ALLIANCE DE SOLITUDE ET COMMUNAUTÉ






On est souverainement libre dans l'Église quand on y est vraiment comme dans un mystèrte de foi, parce qu'on n'a jamais d'autre maître que Jésus-Christ, parce qu'on n'écoute que Lui, parce qu'on ne vit que de Lui, en Lui et pour Lui. Et l'Église réalise justement ce prodige, ce miracle étonnant et merveilleux de rassembler les hommes, de les appeler tous à l'unité d'un seul corps mystique, de les rassembler tous sans les confondre, sans les agglutiner, sans les agglomérer, sans effacer leur personnalité. 
[...] Faut-il pour être ensemble disparaître comme personne, disparaître dans sa personnalité?  Faut-il comme les masses fanatisées se perdre tous à la fois dans un même cri? Non, justement pas, parce que l'Église est un mystère de foi et qu'on ne peut y vivre qu'en étant enracinés dans l'intimité de Jésus-Christ et que, dans l'Église, précisément, il y a cette prodigieuse alliance de la solitude et de la communauté. 
Le vrai rassemblement humain, ce n'est pas la coagulation, l'agglutination qui fond les hommes comme une masse où l'individualité s'efface, où la personnalité est méconnue et piétinée. la véritable unité des hommes, elle est fondée sur la solitude.
Ensemble et seul, justement parce que la véritable société humaine a ses assises dans la conscience de chacun. Quand chacun est ouvert au suprême Bien, ouvert à la Présence divine, à l'Amour universel qui est le Dieu vivant, alors chacun, d'autant plus qu'il est plus profongément relié à Dieu, est aussi plus présent et plus intérieur à tous les autres. On ne communique que par le centre intérieur, par le Christ qui s'échange et qui est l'unique Parole toujours vivante et que personne ne peut jamais limiter.

Maurice Zundel, 1897-1975, prêtre, écrivain, théologien, conférencier
in Silence, Parole de vie, éd. Anne Sigier, Québec

*****

La cause de l'unité est une cause mariale. C'est la Mère qui réconciliera les enfants.
Est-ce que ce ne sera pas le souhait de Marie d'utiliser sa bonté et la Providence pour consoler l'Epouse du Christ, l'Eglise, à travers le long effort de cette entreprise, et pour porter à sa pleine perfection ce bienfait de l'unité des membres de la famille chrétienne, qui est le fruit illustre de sa maternité ?
En Marie, Dieu nous a donné le plus zélé gardien de l'unité chrétienne.

Pape Léon XIII , 1878 – 1903.
cité par mariedenazareth, en ligne

24.1.12

LE COEUR DE MARIE


Marie, Mère des pauvres,
apparue en 1933 à Banneux, Belgique

Je crois que c'est Jean qui a communiqué à Luc la plupart des choses que celui-ci nous dit. Qui est-ce qui a été témoin de l'Annonciation, la Visitation, Bethléem, la naissance, toute la vie cachée ?
Il n'y a qu'un seul témoin : c'est Marie. Et qui est-ce qui a reçu Marie ? C'est Jean. Il est donc facile de comprendre que Luc a beaucoup reçu de Jean. Je ne dis pas qu'il a tout reçu de lui, mais Jean est tout de même sa source principale.
Mettons-nous un instant à la place de Luc : Marie, sans doute, vit encore, elle est chez Jean ; Luc, lui, veut écrire un Evangile plus complet que celui de Marc et de Matthieu. Que va-t-il donc faire ? Il va trouver la source, cela va de soi.
Le coeur de Marie n'est pas un document, c'est une source. « Elle gardait dans son coeur » la parole de Dieu (Lc 2,19 et 51).

Père Marie Dominique Philippe, 1912-2006,
fondateur de la Communauté Saint-Jean
Extrait de Suivre l'Agneau – éd. Saint Paul
cité par croire.com, en ligne

*****

Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Marc  3, 33
Je m’imagine bien que ceux qui étaient là devaient éprouver une grande joie, qu’ils devaient être fiers et se féliciter mutuellement : « Je suis le frère, la sœur, la mère du Messie ! »
Marie, qui  visiblement avait été laissée pour compte, gardait toutes ces choses et les repassait  dans son coeur Luc 2, 19.
Mais au Calvaire  il n’y avait qu’elle, elle que cette parole avait blessée, elle dont cette « épée » avait percé le cœur, elle seule. Tous les autres, eux qui avaient tiré gloire de cette parole de Jésus,  avaient disparu.

Louis Evely, théologien
In  Schottmessbuch, missel de semaine, diocèses de Bâle, Freiburg i. B., Vienne

22.1.12

TEXTES SACRÉS DE LA VIE QUOTIDIENNE: LES PARABOLES



Yeshua


De petits événements de la vie quotidienne qui adviennent sous ses yeux, que ses disciples remarquent, peuvent être pour Jésus prétexte à un enseignement: une pauvre femme qui glisse quelque menue monnaie dans le tronc des offrandes du Temple; les malades qui se pressent à la piscine de Bethesda à Jérusalem; les scribes qui se promènent en longues robes sur les places publiques. Le travail des champs qui demeure grand symbole de la vie et qui a tant inspiré les religions antiques lui inspire plusieurs paraboles.
Jésus se réfère aux petits oiseaux du ciel, aux lis des champs: deux symboles traditionnels, l'un représentant les âmes humaines libérées de leurs corps et pouvant s'élever dans le ciel, l'autre, le lis, évoquant la pureté, l'innocence, la virginité, et par là-même, symbole de grâce, d'élection divine, de réceptivité à l'invisible.


L'Annonciation à Marie, détail
by Melozzo da Forlì (ca. 1438-1494)

Le bon arbre qui porte de bons fruits est à la fois un tableau familier et une référence au grand thème de l'arbre de vie qui rappelle celui du jardin paradisiaque d'Adam et Ève. Le loup et l'agneau devaient solliciter vivement l' imagination des gens pour qui ces animaux étaient une préoccupation journalière. De même l'image du berger qui est allé chercher sa brebis et la porte sur l'épaule, celle de l'aveugle qui en guide un autre, en ce pays, à cette époque où la cécité est si fréquente, celle des voleurs qui s'introduisent dans une maison.
Tout relève des faits les plus banals, ceux que souvent on oublie de regarder tant ils sont familiers: la poule qui rassemble ses poussins sous son aile, la ménagère qui a perdu une pièce de monnaie, le drap neuf qu'on ne coud pas à un vieil habit, le vin nouveau, un animal tombé dans le puits, la vente des passereaux, le vol des corbeaux, les nuages du couchant, les champs mûrs pour la moisson, la vie de chaque jour, saisie sur le vif, qui donne au texte sacré une vérité humaine émouvante.
Seules sont exclues  les violences,  les scènes de chasse, dont les poètes et les artistes, surtout en Orient, feront un sujet de choix, les immolations d'animaux, les bagarres qui devaient éclater parfois entre voisins de ferme ou de village.
Tout cela s'harmonise avec le milieu dans lequel il évolue, avec les intérêts de son auditoire. Il parle peu de la vie des grands que les gens qui l'écoutent ne connaissent pas.


Jean-Paul Roux, 1925-2009, historien de la culture islamique
directeur de recherche au CNRS
in Jésus, éd. Fayard

21.1.12

ENTRER DANS LE ROYAUME SPIRITUEL



Nartex, 12° s., basilique Ste Marie-Madeleine, Vézelay


Jésus multiplie les discours, les exemples. Il cherche par tous les moyens à le faire entendre: rien de ce qui est matériel ne souille. La matière n'est ni pure ni impure. Seules comptent la faute de l'esprit, la tache de l'âme. Indulgent pour les actes, le Christ ne le sera guère pour ce qui les inspire: le manque d'amour.
Pour Jésus, l'amour n'a pas de limites, que ce soit celui de Dieu, celui qu'on doit avoir pour Dieu ou, ce qui revient au même, et là encore, il y a une leçon nouvelle, pour ce que l'on nomme le "prochain", non le proche, mais autrui, c'est-à-dire tous les hommes, y compris ses ennemis que la nature et la loi pousseraient à haïr.
Tout ce que vous désirez que les autres vous fassent, faites-le vous-même pour eux.  Matthieu 7, 12
Dans l'amour tout se dissout, la faute la plus grave est abolie:
C'est pourquoi, je te le dis, ses péchés lui sont pardonnés parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Luc 7, 47
À l'époque du Christ, l'amour était-il inconnu? Il serait difficile de prétendre que ce fût une notion toute nouvelle. Mais ni en Israël ni ailleurs, il n'avait jamais été mis au centre de la vie; jamais, malgré la grande compassion du bouddhisme, il n'avait servi de fondement à une doctrine sociale ou religieuse. S'il en avait eu le sens (on le découvrirait sans peine), le peuple hébreu l'avait oublié. Et que devrait-on dire de l'impitoyable occupant romain?
C'était donc une transformation radicale de l'âme et du peuple d'Israël que Jésus demandait, une conversion absolue, l'émergence d'un nouvel homme, d'un nouveau peuple de Dieu, la metanoia qui avait inspiré Jean-Baptiste mais qui n'avait pas encore trouvé sa ligne de conduite. Le monde tel qu'il était finissait, qui devait laisser la place à un nouveau monde, comme à l'époque du Déluge, une fin des temps, mais non la fin des temps.
Changer le vieil homme en un être neuf, c'était le faire entrer dans le Royaume dont Jésus faisait une affaire spirituelle.

Jean-Paul Roux, 1925-2009, historien de la culture islamique
directeur de recherche au CNRS
in Jésus, éd. Fayard

20.1.12

UN RENDEZ-VOUS AILLEURS



Ce tombeau-là est vide!


À Bethléem et Jérusalem, les sanctuaires sont légion. Chaque colline, chaque détour de rue est surchargé de mémoire et de sacralité. À partir du 4ème siècle, les chrétiens ont cherché à localiser les faits et gestes du Christ en des lieux particuliers, sur lesquels ont fleuri églises et chapelles. Au Saint-Sépulcre, on vient se recueillir sur ce qui aurait été le lieu du tombeau du Christ. [...] Pourtant la spécificité de ce tombeau-là, c'est qu'il est vide. Déjà au matin de Pâques, l'ange dit aux femmes: Il n'est pas ici [...] Il vous précède en Galilée, c'est là que vous le verrez  Matthieu 28 6-7. Pour les disciples, rester rivés aux pierres du tombeau vide, ce serait rater le rendez-vous avec le Christ ressuscité, qui les invite à le retrouver ailleurs, à se remettre en route. Dieu se déplace, il est ce Vent qui souffle où il veut et dont souvent nous ne savons ni d'où il vient ni où il va  (cf. Jean, 3, 8). Le tombeau est vide et Dieu nous donne rendez-vous ailleurs, dans la nouveauté, dans la vie renouvelée au coeur de nous-mêmes.

Non que les lieux dits saints n'aient pas d'importance: liés à l'incarnation, ils nous invitent à faire mémoire et à méditer l'oeuvre de Dieu dans l'Histoire. Mais cette méditation doit nous ouvrir au présent et à la Présence.
Le Temple est détruit, le tombeau est vide et Dieu, sans domicile fixe, cherche des coeurs où établir sa demeure.

Katell Berthelot, chargée de recherche au CNRS
et au Centre de recherche français de Jérusalem
in Chronique Chemin faisant 
Panorama décembre 2011
  

19.1.12

LA PRÉSENCE QUI APAISE



On n'est jamais croyant tout seul


Car le croyant est, comme tous les autres, dans un monde qui a ses violences, ses conflits, ses rivalités, ses douleurs de séparation, ses injustices, ses deuils. Croire, ce n’est pas planer. C’est placer ce monde-là, et pas un autre qu’on lui substituerait, dans la lumière et sous le regard de Dieu. Il ne s’agit jamais de s’abstraire ni de se soustraire. C’est l’inverse. Il faut avancer, décider, choisir dans les conditions du réel. Comme tout le monde. Le croyant n’échappe ni au doute, ni à la confusion. Il n’est pas épargné. Il peut lui arriver de se sentir abandonné, de livrer des combats intérieurs épuisants… Pourquoi le cacherait-on ? Pourquoi faudrait-il faire semblant ? L’épreuve fait partie de la vie. Mais on n’est jamais croyant « seul ». On l’est dans un peuple, au milieu des autres. Et si l’on tente d’être lucide sur soi et sur les autres, on reconnaît que la foi transforme profondément le regard, dissipe les méfiances inutiles. Elle pousse à demander de l’aide quand c’est nécessaire, elle appelle, elle accepte de ne pas tout donner mais aussi de recevoir des autres la présence qui apaise. Elle permet que circule entre les humains la Vie secrète mais tellement puissante qui vient de Dieu. Quelle force, même sous les apparences de la plus grande faiblesse ! Quel sujet d’émerveillement ! Quelle joie oui, quelle joie profonde, même au milieu des larmes !

Ainsi peut-on comprendre le "Réjouissez-vous" qui circule entre nous. Il est au-delà ou en deçà des exultations qui font aussi partie de la vie de foi. Oui, réjouissons-nous de la présence du Seigneur, prenons le temps de nous en parler, de nous la rappeler les uns aux autres, de la célébrer. Mais nous ne saurons nous réjouir vraiment de la Présence si nous ne sommes pas attentifs à nous désencombrer, si nous ne faisons pas place dans nos vies au silence, si nous ne déposons pas nos fardeaux devant le Seigneur. Sinon, comment entendrions-nous les paroles de l’Apocalypse : 
Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et qu'il ouvre, j'entrerai chez lui...  Ap. 3, 20. 
Là est la source de la joie, mystérieuse et rayonnante, à ne pas confondre avec des manifestations bruyantes qui risqueraient d’être vides et sans écho.

Françoise Le Corre, philosophe, écrivain
In Cahiers croire, croire.com, en ligne 

18.1.12

L'ÉGLISE CELTIQUE



Croix celte, Rock of Cashel, Munster, Irlande


C'est de la Grande-Bretagne qu'est sorti, on le sait, saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande, cette île qui avait échappé à la domination romaine. Son apostolat doit avoir eu lieu de 432 à 461. La christianisation de ce pays dut surmonter la résistance de la classe des druides, détenteurs d'une tradition culturelle non écrite riche de valeurs originales. Développée dans un relatif isolement, l'Église celtique, découverte sur le continent au cours du 6ème siècle, se distingue de tout le reste de l'Occident latin.
Son trait majeur est l'extraordinaire succès remporté par l'idéal monastique. Le monachisme a connu en Irlande comme en Égypte un pullulement d'ermitages et de monastères. Les évêques seront sous l'autorité de l'abbé, le monastère constituant ainsi la cellule fondamentale de l'organisation religieuse. 
Ce milieu original a servi de cadre à une remarquable floraison culturelle: comme dans les Églises extérieures d'Orient, l'implantation du christianisme a suscité en Irlande l'apparition d'une culture lettrée d'abord latine. Sans doute le gaélique possédait déjà des lettres de noblesse et même un alphabet, l'ogham, mais à l'époque chrétienne l'alphabet latin servira à transcrire ses brèves inscriptions. 
Deux coutumes sont caractéristiques de la spiritualité irlandaise: d'une part la pénitence sacramentelle, sorte d' "ouverture de conscience" quotidienne et s'appliquant aussi aux laïcs; d'autre part une des pratiques ascétiques les plus chères aux moines celtiques consistant en l'exil volontaire dans un milieu inconnu et toujours plus ou moins hostile, idéal religieux d'une grand fécondité; missionnaires itinérants d'origine insulaire, ils se feront connaître sur le continent sous le nom de Scotti (the Scots), puisqu'ils avaient d'abord travaillé à la conversion des tribus celtes des Pictes et  Scots, en Écosse et dans le Northumberland, y fondant plusieurs monastères. 

Écriture oghamique  (vieil irlandais et picte), 4ème-10ème s.

Henri-Irénée Marrou 1904-1977, Normalien
Professeur d'histoire ancienne du christianisme à la Sorbonne
in L'Église de l'Antiquité tardive 303-604, éd. Points

17.1.12

LE CHRIST À VENIR



Le Christ priant pour l'humanité 
Las Pèlerins d'Emmaüs (détail)
by Arcabas, Isère


L'Église ne devrait-elle pas aujourd'hui expliquer encore plus clairement que le monde, selon les indications de la Bible, ne se trouve pas seulement dans le temps d'après le Christ, mais dans celui d'avant le Christ?

On a souvent parlé, en vérité, du Christ qui vient, mais les formules se sont usées et ne sont plus compréhensibles pour nous. Il est important qu'il y ait des théologiens pour traduire le trésor conservé dans leur foi, pour que ce trésor devienne une parole pour ce monde, y compris dans le monde séculier. Le processus de traduction des grandes paroles en images et en concepts de notre temps est certes en cours de réalisation, mais n'a pas encore vraiment abouti. Cela ne peut se faire que si les hommes vivent le christianisme à partir du Christ à venir. Alors seulement ils pourront aussi l'exprimer. L'expression, la traduction intellectuelle, présuppose la traduction existentielle; dans cette mesure, ce sont les saints qui vivent le fait d'être chrétien dans le présent et dans l'avenir, et à partir de l'existence desquels le Christ à venir est aussi traduisible. Le Christ peut alors intégrer l'horizon de compréhension du monde séculier. C'est la grande mission devant laquelle nous nous trouvons.


Benoît XVI
in La Lumière du Monde, édit. Bayard
(entretiens avec Peter Seewald)

15.1.12

UNE CULTURE UNIVERSELLE DE MISÉRICORDE ET DE COMPASSION






Religion et culture continueront  au 21ème siècle d'être des thèmes d'actualité. C'est le message essentiel à retenir du  "choc des civilisations". Le christianisme ne jouera plus en Europe un rôle semblable à ce qu'il fut après la deuxième guerre mondiale, cependant il représentera  de 60 à 80% de la population. Et il sera pluriel: les formes traditionnelles qui furent celles des Églises de l'histoire perdront de leur importance et de nouvelles formes naîtront. Les mouvements de renouveau charismatique et les petites communautés ecclésiales au sein de l'Église catholique, de même que les Églises protestantes indépendantes en sont les signes précurseurs. 
Selon le principe irénéen de l'Encyclique Redemptorissimo du  pape Jean-Paul II:  " L'Église propose, elle n'impose rien" -, les chrétiens du 21ème siècle pourront contribuer à ce que l'Europe demeure marquée de l'empreinte chrétienne tout en respectant les exigences du monde moderne.    
Le meilleur moyen qu'ils auront pour atteindre ce but sera de refléter dans leur vie le visage de ce Dieu auquel ils croient: le Dieu qui veut l'égalité et la liberté pour tous, le Dieu qui accueille les pauvres et les faibles, les veuves et les orphelins, les étangers sans acception de la personne, rendant par là possible une culture universelle de miséricorde et de compassion. 
Sans ces caractéristiques chrétiennes, pourrions-nous encore nous dire Européens? 

Mariano Delgado, professeur d'histoire, université de Fribourg, Suisse
in The future of Christianism in Europe (extrait)
cité par New Wings publication, Divine printers and publishers, Kerala, India 
traduit de l'anglais

14.1.12

LA PRIÈRE COMME REPOS


Photo "Pèlerin hors-série"

La Bible nous dit que la prière peut devenir repos: Venez à moi vous tous qui peinez... Prenez sur vous mon joug... car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos. Matthieu 11, 28-29
Certes, ce repos ne peut être que ponctuel, eu égard à notre condition de pèlerins en chemin vers la Jérusalem céleste. Cela étant, nous avons peut-être du mal à cerner la nature de ce repos en Christ vers lequel nous achemine la prière? Et de fait... il n'est autre que cette paix née de l'absolue présence à Dieu, au sein de laquelle nous nous oublions pour être là, simplement. Nous pouvons y reconnaître alors le fruit de tout un travail d'unification opéré par l'Esprit et la Parole de Dieu - Jésus ne parle-t-il pas de son joug, une image traditionnelle dans le judaïsme pour désigner la Torah, l'Écriture ruminée et mise en pratique dans le concret de l'existence? Car c'est de leur action conjuguée que peut naître ce repos qui constitue une trève dans nos monologues intérieurs, nos désirs contraires,nos inquiétudes...
Le Christ nous révèle encore une autre facette de cette expérience. Matthieu évoque l'humilité de coeur de Jésus. Une vertu qui peut nous paraître bien éculée! Mais c'est oublier son sens profond qui est d'habiter notre terre, notre humus personnel, c'est-à-dire notre réalité humaine telle qu'elle est et non telle que nous la rêvons. De cette réconciliation profonde avec nous-même naît cette paix.
Ce repos  en Dieu n'a rien à voir avec un évitement des réalités humaines ou avec une simple expérience psychologique de bien-être, mais il nous prépare à reprendre la route et à porter sur nous-mêmes et sur autrui un regard apaisé et aimant.

Soeur Emmanuelle Billoteau, ermite bénédictine
in 40 jours de retraite
Hors-série de Prions en Église, éd. Bayard

13.1.12

RESPIRE LE SAINT-ESPRIT!





Guillaume, abbé du monastère de Saint-Thierry (Marne) au 12ème siècle et ami de Bernard de Claivaux, affirme que la vie spirituelle est avant tout l'exigence de sens qui habite la personne. Pour trouver ce sens, on doit donc chercher, vivre, expérimenter en profondeur: voilà pourquoi la vie spirituelle peut aussi être appelée vie intérieure. Elle appelle la personne à entrevoir ce qu'il y a de plus profond en elle, ses motivations ultimes, son fondement vital, ses idéaux. Elle prend pour devise l'adage de la philosophie antique: "Homme, connais-toi toi-même!"
Cette vie intérieure appartient donc à tout homme, et chacun peut choisir de la développer ou de la laisser en friche. Toutefois, la vie spirituelle "chrétienne" va plus loin: elle n'est pas le fait de tous, mais de ceux qui se laissent guider par l'Esprit de Dieu Ga 5, 18. Elle ne peut être en effet qu'une réponse de foi, d'espérance, de charité au Dieu qui nous appelle et se rend efficacement présent dans notre existence. C'est une vie cachée en Dieu, une vie nouvelle qui offre à l'homme intérieur de se renouveler de jour en jour 2 Co 4, 16.
Il ne peut s'agir d'une vie qui prétendrait être spirituelle uniquement à travers l'expérience liturgique ou intellectuelle! Non, c'est tout d'abord une expérience pratique. La vie spirituelle comporte trois étapes, dont la première a pour objet la vie du corps; ensuite seulement on peut s'occuper de l'esprit pour, dans un troisième temps trouver son repos en Dieu seul. La vie spirituelle est donc une connaissance donnée avant tout à travers une conformation réelle de sa propre vie à la vie humaine de Jésus-Christ.
En suivant cette pédagogie rudimentaire,tu éviteras de te hasarder sur des sentiers qui ne te mèneraient à rien, mais Dieu, de son regard, stimule celui qui le contemple; il donne élan et mouvement, et la beauté du souverain Bien attire celui qui le désire.


Enzo Bianchi, moine laïc
fondateur de la communauté oecuménique de Bose, I
in Le cahier de spiritualité - Panorama, janvier 2012

*****
Venez et vous verrez Jean 1, 39
Être appelé par Jésus, un formidable appel d'air... et même un petit vent de folie!

in Missel des Dimanches, 2012

11.1.12

UNE POSSIBILITÉ D'ÉCOUTE



F. Loshouarn, vétérinaire
Photo Panorama, nov. 2011

Un espace dans le temple du Dieu vivant était réservé aux "autres", aux non-juifs, aux lointains... Car le Dieu d'Israël est un Dieu qui désire rencontrer tous les hommes et qui, pour cela, leur apprête un endroit où s'approcher de lui. Jésus lui-même a vigoureusement défendu la destination universelle de cet espace, en chassant les "marchands du Temple", pour faire de ce lieu une  maison de prière pour tous les peuples. Marc 11, 17
Au dialogue avec les religions doit aujourd'hui s'ajouter le dialogue avec ceux pour qui la religion est une chose étrangère, pour qui Dieu est inconnu et qui, cependant, ne voudraient pas rester simplement sans Dieu, mais l'approcher au moins comme "Inconnu".
C'est vrai, la majeure partie des hommes par lesquels les chrétiens vivent aujourd'hui sont indifférents, agnostiques, voire athées: ils ne sont pas même religieux, comme les Athéniens qui faisaient l'hypothèse d'un Dieu inconnu (Actes 17, 23). Il est alors urgent que que les chrétiens sachent penser, dans leur rapport avec Dieu, dans leur prière, dans leur adoration, également aux autres hommes, qui n'ont pas à rester "dehors". Cela signifie notamment leur apprêter un espace, leur offrir la possibilité d'une écoute, d'un échange, d'une rencontre,qui puisse les rapprocher du Dieu invisible: Dieu, en effet, veut que tous les hommes soient sauvés. 1Tim 2,  4
L'Église n'est Église que lorsqu'elle existe pour les autres, et elle doit tout apprêter à cette fin, afin que se produise la rencontre entre son Seigneur - au service duquel elle se tient - et tous les humains.

Enzo Bianchi, moine laïc
fondateur de la communauté oecuménique de Bose, I
in Le cahier de spiritualité - Panorama, janvier 2012

10.1.12

VIERGE MARIE INCONTOURNABLE



Les Noces de Cana, 12ème s.
Abbaye St Fortuné de Charlieu, Loire
(licence photo Valjeannot, 2008)

Il ya une consonance profonde entre l'identité chrétienne et l'identité mariale. De même que l'on ne peut parler de culte marial mais de la place de Marie dans le culte chrétien, de même on ne peut pas parler d'identité mariale mais du profil marial de l'identité chrétienne.

Sept attitudes mariales façonnent l'identité chrétienne:
L'écoute - Annonciation : Écoute, Israël Dt 6, 4.
Toute la densité de l'être humain trouve sa place dans le questionnement qui contribue nécessairement à la construction de notre identité.
La prière : Mon âme exalte le Seigneur Luc 1, 46. - Visitation.
Déclarée bienheureuse la personne humaine avec toute sa densité pourra croire sans avoir vu en la réalisation de toutes les promesses de Dieu.
La fécondité : Il vous est né un Sauveur Luc 2, 11. - Nativité
Elle est historiquement vécue dans le plus grand dénuement. dans l'adoration la communauté chrétienne pourra accepter l'humilité de mettre au monde le Sauveur.
La participation : Une épée te transpercera l'âme Luc 2, 35 - Présentation de Jésus au temple.
Marie est sociable, vulnérable, persistante, comme sera la vie de tout disciple.
La présence :  Ils n'ont plus de vin Jean 2, 3. - Cana.
Un regard attentif saisit les besoins vitaux: plus de vin, plus de joie, de vie, d'espérance, de projets etc. Les baptisés, à l'écoute du Christ et à l'exemple de Marie, découvrent l'efficacité de la Parole créatrice qui, là où la détresse aurait pu l'emporter, vient revitaliser la joie.
L'Offrande : Au pied de la Croix Jn. 19, 25.
Le consentement n'est pas l'approbation, c'est l'engagement de foi, croire n'est pas sentir mais consentir. Il permet la vraie compassion avec les victimes lorsque l'épreuve semble contredire la promesse de Salut.
L'Action de grâce:  Quelques femmes dont Marie Actes 1, 14.
L'unanimité n'a rien à voir avec la pensée unique ou la volonté d'uniformité. Elle est union des coeurs dans la diversité.

Noël M.Rath, o.s.m., prêtre servite de Marie (voir ci-contre barre latérale)
Extraits de l'étude Identité mariale?, reçue par courriel
(Rencontre des écoles servites, Italie 2011)

9.1.12

L'ÉGLISE ET LA MODERNITÉ



La culture chrétienne occidentale est sans aucun doute le fondement du succès et du bien-être en Europe - pourtant aujourd'hui  une majorité accepte d'être dominée par une minorité de directeurs d'opinion.

Cela fait apparaître une problématique interne. Jusqu'à quel point en effet les gens appartiennent-ils encore à l'Église? D'un côté, ils veulent en faire partie, ils ne veulent pas perdre ce fondement. De l'autre, ils sont aussi intérieurement influencés et formés par la pensée moderne. Toute la vie est marquée par le mélange et la fréquentation non assimilée de volonté chrétienne fondamentale et d'une nouvelle philosophie. Cela engendre une sorte de schizophrénie, une existence scindée.
Nous devons faire en sorte qu'Église et pensée moderne s'adaptent l'une à l'autre. L'existence chrétienne ne doit pas devenir une sphère archaïque que je maintiens d'une manière ou d'une autre et où je vis en quelque sorte à côté de la modernité. C'est bien plutôt quelque chose de vivant, de moderne, qui travaille et forme l'ensemble de ma modernité.
Il est important que nous essayions de vivre et de penser le christianisme de telle manière que la bonne, la vraie  modernité l'accepte en soi - et en même temps se sépare et se distingue de ce qui devient une contre-religion.
[...]
Où la foi peut-elle et doit-elle s'approprier les formes de la modernité? Et où doit-elle leur opposer de la résistance? Cette grande lutte traverse aujourd'hui le monde entier. Qu'il faille mener une grande lutte sur ce terrain, je l'ai récemment exprimé en fondant un "Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation".

Benoît XVI
in La Lumière du Monde, édit. Bayard
(entretiens avec Peter Seewald)

8.1.12

ILS REGAGNÈRENT LEUR PAYS PAR UN AUTRE CHEMIN Mat. 2, 12


"Les rois mages en voyage", 1894
by James Tissot,  peintre franco-britannique

Où que nous soyons, le Christ est là.
Cela dit, n’oublions pas que les premiers disciples de Jésus sont des juifs. Le Christ lui-même, en son humanité, est un juif. Il est l’aboutissement de la longue marche d’Israël vers la Terre promise, vers le Royaume. Ce n’est pas n’importe où que vont les Mages mais vers Jérusalem, et ce sont des juifs qui leur disent où doit naître le Messie. La foi chrétienne nous fait entrer dans un héritage qui est celui d’Israël. Les diverses formes d’antisémitisme signalent chez ceux qui les professent une absence d’adhésion au christianisme authentique : Le salut vient des juifs, dit Jésus en Jean 4,22. Pourtant les Mages repartent chez eux. Ayant découvert celui que désignait l’étoile, n’auraient-ils pas dû rester là, changer de vie, s’ouvrir à la nouveauté qui se révèle ici et maintenant?  Ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père (Jean 4, 21). Dieu, présent dans et par le Christ, "remplit l’univers". L’heure vient où les disciples du Christ seront envoyés dans le monde entier. Rentrant chez eux, les Mages ne s’éloignent pas du Christ. Pour ainsi dire, ils l’emmènent avec eux. Comprenons qu’à de rares exceptions près, nous avons à vivre avec le Christ là où la vie nous a mis, avec nos compagnons habituels. En eux se trouve le Christ. Ils sont sa présence. Et le Christ est aussi en moi quand je cesse de me concentrer sur moi-même et mes problèmes pour m’ouvrir aux autres. Paradoxe : le Christ est en moi quand je sors de moi. N’est-ce pas ce qu’il fait lui-même? Il sort de sa "forme divine" pour se faire "semblable aux hommes".

Marcel Domergue, jésuite
in Cahiers Croire
cité par croire.com, en ligne

6.1.12

LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION



Photo KTO

Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile 1 Cor 9,16

Cette exclamation de saint Paul encourage tous les chrétiens à vivre et à annoncer le message du Christ au plus grand nombre.
Dans notre vieille civilisation occidentale, l'Évangile a déjà pénétré. Des hommes et des femmes portés par l'Esprit-Saint sont venus aux 2ème et 3ème siècles proposer à nos peuples des baptêmes de conversion et ont tenté de bâtir le Royaume de Dieu. cette première évangélisation a promu des valeurs évangéliques qui ont imprégné de nombreux domaines: le droit, les systèmes politiques, les relations entre les personnes et, partant, l'éducation et l'art.
L'Église, malgré ses faiblesses et ses fragilités, fut l'acteur majeur de cette diffusion. Puis vint le temps des contestations. Contestation de l'institution hiérarchique au 16ème siècle, de la foi par la raison au 18ème , de l'existence même de Dieu aux 19ème et 20ème siècles. 
Aujourd'hui, les croyants rencontrent surtout de l'indifférence, et une ignorance souvent complète de l'Évangile.
[...]
L'évangélisation n'est pas la mission de quelques-uns, ni un aspect seulement de l'activité chrétienne, mais elle est ce qui unifie l'Église et lui donne vie. Tous les aspects de l'évangélisation sont complémentaires. L'Église, animée par la charité, imprègne les cultures. Elle témoigne parmi les peuples d'une manière de vivre qui caractérise les chrétiens. Elle appelle à la conversion à la lumière de l'Évangile [...]

KTO, une télévision catholique au service de la nouvelle évangélisation
in Fondation KTO, novembre 2011

5.1.12

L’HUMILITÉ EST LA CONDITION DE LA PAIX


"Annonciation", détail, Fra Agelico (1395-1455) 
En vérité, en vérité, le Sauveur du monde a posé la douceur et l’humilité à la base des vertus. Abstinence, jeûne, austérité, pauvreté intérieure ou extérieure, bonnes oeuvres, miracles, tout n’est rien sans l’humilité du coeur. Mais toutes ces choses reprendront vie et recevront bénédiction si l’humilité les soutient.
L’humilité du coeur est la force génératrice des vertus, la tige et les branches ne procèdent que de la racine. Parce que son prix est infini, parce qu’elle est le fondement sur lequel s’élève toute perfection spirituelle, le Seigneur n’a voulu confier qu’à lui-même le soin de nous dire : «Soyez humbles ».
Et la Vierge Marie, parce que l’humilité est la gardienne universelle, la Vierge Marie, comme si elle eût oublié toutes les autres vertus de son âme et de son corps, n’a admiré qu’une chose en elle-même, et n’a donné qu’une raison à l’incarnation du Fils de Dieu en elle : « Parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante ». C’est pour cela, et non pas pour autre chose, que s’est élevé le cri des générations qui l’ont proclamée bienheureuse.

Extrait du « Livre des Visions et instructions »
de la Bienheureuse Angèle de Foligno (+ 1309)
cité par mariedenazareth.com, en ligne

4.1.12

NE DIABOLISONS PAS LES FRÈRES MUSULMANS



Porche de l'église copte du Caire
Texte: 1 Jean 4, 13-14, en copte et en arabe


Trois questions au Père Jean-Jacques Pérennès sur l'évolution politique en Égypte.

Êtes-vous inquiet de la situation égyptienne?
La victoire massive des islamistes et, surtout, le score très surprenant des salafistes *, la dégradation de la situation économique du pays ainsi que l'inquiétude des coptes sont préoccupants. Mais le fait de voir le peuple égyptien se réapproprier son destin après cinquante ans de régime autoritaire est positif.

Pourquoi les partis libéraux et laïques ont-ils perdu la première manche des législatives, fin novembre?
Les libéraux sont allés aux élections en ordre dispersé, sans expérience du débat politique ni de ses règles. On ne peut pas le leur reprocher, le régime antérieur ayant empêché tout débat politique. Les seuls organisés, malgré l'état d'urgence en vigueur depuis 1971, étaient les Frères musulmans, qui l'ont d'ailleurs payé très cher en années de prison et en violences physiques. Espérons qu'ils prendront leurs distances avec les salafistes et feront alliance avec certains libéraux. Pour gouverner, et recevoir le soutien des Occidentaux, ils ont intérêt à être modérés.

Quel avenir pour les minorités non musulmanes dans une Égypte à majorité islamiste?
Le régime déchu protégeait moins les coptes (10% de la population) qu'on ne le dit, car les violences étaient constantes et le laxisme grand à l'égard des salafistes. Les chrétiens doivent être traités comme des Égyptiens à part entière. Nous verrons, à des actes concrets, si les Frères musulmans égyptiens entendent les respecter. Ne les diabolisons pas, mais restons vigilants.

* Le salafisme est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l'islam des origines, fondé sur le Coran et la sunna (= tradition prophétique de l'islam).

Propos recueillis par Clémence Richard
pour le "Secours Catholique", janvier 2012

Père Jean-Jacques Pérennès,
directeur de l'Institut dominicain d'études orientales du Caire

3.1.12

RENOUVELÉS CONTINUELLEMENT À SON IMAGE - cf. Col 3,10.






Le baptême fait de nous des êtres nouveaux que le Créateur appelle à être semblables à l'image de son Fils.
Toutefois, parler de nouvelle création (2 Cor. 5,17) instaurée et célébrée par le baptême  ne veut pas dire que la première est rejetée. Ne jamais oublier que dans la Bible, ce qui se conçoit bien s'énonce fortement. Puis vient le travail indispensable d'interprétation. D'où la nécessité d'éviter tout fondamentalisme. La lettre tue, l'esprit vivifie (2 Cor. 3,7). Ainsi, l'identité chrétienne ne détruit pas l'identité humaine mais l'accomplit. L'identité chrétienne est donc totalement fruit de la grâce et va se réaliser de manière progressive par la réception des sacrements. Dans cette dynamique, impossible de séparer l'ensemble cohérent que constitue le Baptême renouvelé par le sacrement de Réconciliation, la Confirmation qui permet la croissance dans la foi et l'Eucharistie qui est source et sommet de toute vie chrétienne afin qu'elle soit constamment renouvelée et revitalisée.
[...]
Ainsi l'identité chrétienne ne peut être limitée au baptême, même si celui-ci constitue l'étape essentielle puisqu'il incorpore le baptisé dans l'unique mystère du Christ et de l' Église. "Plongée" dans l'eau, à la fois cause de mort et source de vie, la personne baptisée meurt à une vie dominée par le péché et la mort pour participer à la vie nouvelle du Christ Ressuscité. La dimension d'éternité perçue confusément dans la prise de conscience de l'identité humaine prend ici son véritable sens. Ce n'est pas seulement la croyance en une vague immortalité de l' âme mais la conviction de foi que toute la personne anticipe dès cette terre, d'une manière encore voilée, sa participation à une vie où  le mal et la mort n'existeront plus.

Noël M.Rath, o.s.m., prêtre servite de Marie (voir ci-contre barre latérale)
Extrait de Identité mariale?
(Rencontre des écoles servites, Italie 2011)

2.1.12

REVIVRE SANS CESSE



Photographie du Saint-Sacrement par un moine du désert
 Le cliché développé révéla cette  image de l'Enfant Jésus.
by Journal Québec-Presse, en ligne


"Il est venu chez les siens mais les siens ne l’ont pas accueilli" Jean 1, 11

Cette humanité en laquelle il entre, à laquelle il demande accueil, est tout entière issue de lui ; il en est la source et l’avenir, l’enfance et l’accomplissement. Tous ceux que les Romains ont recensés sont là pour peu de temps, bientôt ils auront disparu de la surface de la terre. Pourtant leur existence, transformée, ne connaîtra pas de fin : elle est là pour toujours en celui qui est rejeté hors de la ville. Mais déjà, on se déplace pour venir vers lui. Peu de monde, il est vrai, mais les bergers et les Mages sont des personnages symboliques : des juifs et des païens, des pauvres et des riches, des humbles et des personnalités. Tous repartent : comment peut-on retourner à ses occupations ordinaires après avoir rencontré celui en lequel Dieu vient à nous ? Un jour, c’est lui qui prendra la route pour aller à leur rencontre. En attendant, il va apprendre à parler, à sourire, à marcher, à reconnaître. Comprenons que Dieu ne fait pas semblant d’entrer dans cette humanité qui vient de lui mais qui, pour une part, le renie et le reniera jusqu’à le crucifier.
Voici donc Dieu qui se met entre nos mains. Joseph et Marie décident, mais c’est en fonction de ses besoins. C’est pour l’abriter qu’on va dans une étable, c’est pour le sauver qu’on partira en Égypte… Ils savent qu’ils sont responsables d’un mystère et Marie "conserve tout ce qui se passe dans son cœur". Ils sont à la fois dépassés et mobilisés. Impossible pour eux de prévoir l’avenir, mais cet avenir dépend de leurs décisions, de leur aujourd’hui. Telle est la volonté de Dieu : épouser notre volonté et, à partir de là, faire tourner tout ce qui se passe, y compris le pire que nous subissons ou produisons, en naissance d’amour. C’est l’amour en effet qui est sa "volonté", qui est lui-même. […] Même quand il s’indigne, tout se termine dans l’amour. L’enfant de la crèche est déjà porteur de cet avenir, bien entendu sans en avoir conscience. Tout est en germe. Tout cela vaut pour nous : c’est à la fin que nous deviendrons vraiment nous-mêmes. Nous sommes en route vers notre achèvement. La renaissance figurée par le baptême est à revivre sans cesse.  Laissons-nous habiter par l’espérance. 

Marcel Domergue, jésuite,
rédacteur, Cahiers Croire
in croire.com, en ligne

ÉPIPHANIE


"L'ange "
 Gustave Doré, 1832-1883


Aller de l'avant sans se décourager, c'est bien là le sens de cette fête de l'Epiphanie que nous célébrons dimanche. C'est aussi ce que nous vous souhaitons pour cette nouvelle année.

croire.com, en ligne


"Pour la Nouvelle Année,  je souhaite que nous soyons tous des anges."

Françoise van de Wiel, Pays-Bas